Le commerce équitable : un des maillons
du développement durable ?
Virginie Diaz Pedregal
Tant au
niveau de sa notoriété que de ses volumes de vente, le
« commerce équitable » connaît un remarquable essor depuis
quelques années1.
En 2000, seulement 9 % des Français avaient « déjà entendu
parler » de ce commerce ; ils sont 74 % aujourd’hui2.
L’évolution de la consommation mondiale est également
remarquable : en 2002, le commerce équitable a généré un
chiffre d’affaires d’environ 400 millions d’euros, atteignant
1,2 milliards d’euros en 2004 (dont 80 millions pour la
France). Si, en valeur absolue, la pratique d’achat reste très
marginale – elle représente 0,01 % des échanges commerciaux
internationaux – le commerce équitable devient de plus en plus
important sur la scène médiatique. Il interpelle et irrite les
géants de l’industrie, sans pour autant véritablement
effrayer. Dans le même temps, il offre un espoir de meilleurs
revenus pour des producteurs économiquement défavorisés des
pays « du Sud3 ».
Mais le commerce équitable divise les
organisations qui le promeuvent au Nord. Sous couvert d’altermondialisme
et de lutte en faveur de « l’éthique » des transactions
marchandes, il est entendu de différentes manières par ses
partisans, et même réinterprété par ses adversaires
économiques, surfant sur la vague de « l’éthiquement
correct ».
Notre analyse a pour objectif de montrer
que le commerce équitable se présentant jadis comme un
mouvement caritatif (« commerce solidaire »), puis
politique (« commerce alternatif ») se veut désormais
résolument éthique (« commerce équitable »),
revendiquant une parenté avec le développement durable. Pour
mieux appréhender la particularité de ce statut, nous
parcourrons en premier lieu l’histoire idéologique du
mouvement et étudierons les différentes acceptions de
l’expression « commerce équitable » par les acteurs se
réclamant de cette mouvance. Puis, nous analyserons le
commerce équitable en tant que mise en pratique des trois
versants classiquement définis du développement durable
(social, environnemental et économique). C’est ainsi que nous
nous interrogerons sur les rapports de domination sociale et
symbolique des pays du Nord envers les pays du Sud, sur les
affinités entre le commerce équitable et le mode de production
biologique, ainsi que sur l’efficience et la rationalité
économique du commerce équitable.
Une définition
officielle, des pratiques dissemblables
Définition
officielle du commerce équitable
L’ensemble des acteurs du commerce
équitable (coopératives, associations, entreprises de
« l’économie solidaire », groupes de réflexion et de pression)
s’accorde pour dénoncer les « méfaits » du système
libéral actuel, accusé d’accélérer la paupérisation de la
plupart des pays du Sud. Dans cette perspective, le commerce
équitable est considéré comme un « levier d’action »,
susceptible de modifier les équilibres politico-économiques
mondiaux. Il s’apparente à un « commerce plus juste, à
visage humain », instaurant des relations d’échange « plus
directes » entre les producteurs et les consommateurs4.
Une définition officielle de cette pratique a été adoptée en
2001 par les acteurs concernés : « Le commerce équitable
est un partenariat commercial, fondé sur le dialogue, la
transparence et le respect, dont l’objectif est de parvenir à
une plus grande équité dans le commerce mondial. Il contribue
au développement durable en offrant de meilleures conditions
commerciales et en garantissant les droits des producteurs et
des travailleurs marginalisés, tout particulièrement au Sud de
la planète. Les organisations de commerce équitable s’engagent
activement, avec le soutien des consommateurs, à soutenir les
producteurs, à sensibiliser l’opinion et à mener des campagnes
en faveur de changements dans les règles et pratiques du
commerce international conventionnel » (FINE, Max
Havelaar France, 2001).
Si cette définition a fait l’objet d’un
consensus au niveau international, elle est cependant
insuffisante pour cerner la pratique qu’elle entend recouvrir.
Elle est sujette à des interprétations fort différentes, dont
les origines s’ancrent dans l’histoire du mouvement
« alternatif ».
Origines
historiques et idéologiques du commerce équitable
On peut situer les prémices du commerce
équitable dans les années de l’après-guerre aux États-Unis, au
moment où les associations chrétiennes anabaptistes-mennonites
Ten Thousand Villages (anciennement Mennonite
Central Committee Self Help Crafts) et SERRV
International (Sales Exchange for Refugee
Rehabilitation Vocation) se lancent dans le commerce
direct avec des communautés économiquement défavorisées des
pays du Sud. C’est précisément en 1946 que Ten Thousand
Villages entreprend la commercialisation d’objets
artisanaux de communautés de Puerto Rico, de Palestine et
d’Haïti. L’objectif principal de ces organisations est de
générer de l’emploi et de meilleurs revenus dans les régions
soutenues. Le commerce équitable présentait l’idée, à l’époque
révolutionnaire, de marier la solidarité et le commerce, le
monde de la coopération internationale et de l’entreprise
lucrative. On parle alors de « commerce solidaire ».
C’est également à cette période que les
États-Unis, mobilisés pour assurer la reconstruction de
l’Europe meurtrie de l’après-guerre, lancent le Plan Marshall
et inventent le concept de « développement ». Ce
concept servira par la suite à légitimer nombre de politiques
économiques et sociales « en faveur » des pays du Sud,
s’avérant pour la plupart plus désastreuses que bénéfiques
pour les populations « aidées » (Rist, 2001). Ainsi, le
commerce équitable se trouve dès sa naissance lié à la
problématique développementaliste américaine. Il fait
d’ailleurs suite à de multiples tentatives de rééquilibrage
des rapports entre pays du Nord et pays du Sud, notamment en
terme de régulation internationale du marché (Barratt-Brown,
1993).
En Europe, c’est en 1957 qu’apparaît, en
Hollande, le premier « Magasin du Monde » spécialisé
dans l’importation de produits du « tiers monde ». La
vente se réalise via des Églises et des réseaux
militants. Là encore, les objets commercialisés sont
essentiellement artisanaux, ce qui offre le double avantage
d’aider des producteurs défavorisés économiquement et d’éviter
les difficultés de transformation et de conservation des
produits.
Au milieu des années 1960, le discours
sur le commerce équitable se politise et se radicalise. Il se
pose désormais en « alternative » au commerce conventionnel et
refuse d’être considéré comme une « aide » aux pays
pauvres : c’est le lancement du fameux slogan « Trade, not
Aid » (« Le Commerce, pas la Charité ») lors de
la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le
Développement (CNUCED) en 1964.
Dans l’Hexagone, la culture catholique
dominante freine le développement du commerce équitable. Il
est à l’époque difficilement concevable de mêler éthique et
argent, contrairement, par exemple, aux usages protestants
anglo-saxons (Weber, 1994). Ainsi, ce n’est qu’en 1974 que la
première boutique de commerce équitable ouvre ses portes en
France. Il s’agit d’Artisans du Monde, située rue Rochechouart
à Paris. La structure est associative et son mode de
fonctionnement singulier : contrairement aux magasins
conventionnels, à fins lucratives, Artisans du Monde est
quasi-exclusivement gérée par des bénévoles. Pour les produits
artisanaux, les prix sont établis par les producteurs
eux-mêmes, en fonction de l’ensemble des coûts de production.
Ce tarif inclut le « coût social », c’est-à-dire les besoins
personnels et familiaux du producteur, sa formation,
l’organisation qui le soutient, et le « coût environnemental »
supposé du produit. La boutique est alimentée par une centrale
d’achat créée à cet effet, Solidar’Monde, entièrement
spécialisée dans le commerce équitable. Dans cette
perspective, la vente en magasin n’est qu’un prétexte à
l’information du public sur les conditions de production dans
les pays du Sud. L’objectif de l’association est avant tout
politique, voire moral, et non pas strictement commercial. Les
ventes sont d’ailleurs faibles, et le chiffre d’affaires du
magasin reste limité.
Au fil des ans, les Magasins du Monde,
en Europe comme aux États-Unis, se développent peu. Ils
restent très majoritairement fréquentés par des militants déjà
convaincus de l’intérêt de ce type d’échange marchand. Le
commerce équitable reste confiné dans une « niche » de marché
très étroite et son action auprès des communautés de
producteurs du Sud demeure réduite, les volumes de vente étant
peu importants.
À la fin des années 1980, émerge dans
une coopérative de producteurs de café au Chiapas (Mexique)
l’idée d’une labellisation des produits équitables5.
La certification aurait pour avantage de mettre à disposition
des consommateurs du Nord les produits équitables dans les
lieux d’achat habituels – principalement les moyennes et
grandes surfaces – tout en garantissant au producteur comme à
l’acheteur final le respect de certaines normes éthiques.
Cette initiative de labellisation est concrétisée par Nico
Roozen de l’association Solidaridad et le prêtre ouvrier
hollandais, le Père Frans van der Hoff. Après maintes luttes
contre diverses pressions, venant tant des multinationales du
Nord que des intermédiaires du Sud (Roozen, Van der Hoff,
2001), le label6
Max Havelaar est créé en 1988 aux Pays-Bas. Il garantit le
caractère « équitable » des produits proposés au consommateur.
Avec Max Havelaar, la logique du
commerce équitable change radicalement. Le label utilise
désormais les structures classiques du marché : importateurs
comme distributeurs ne sont plus spécialisés dans le commerce
équitable, comme dans le cas des Magasins du Monde, mais
participent également à l’activité de la filière de
commercialisation conventionnelle. Le commerce équitable ne
représente qu’un aspect de leur activité. L’avantage de cette
nouvelle forme de commerce est que les produits issus des
filières équitables pourront être présentés dans des magasins
conventionnels, pour toucher un public de consommateur
beaucoup plus large et moins averti. L’ambition de la démarche
est de vulgariser le commerce équitable, tout en lui assurant
une crédibilité certaine par le biais de l’apposition d’un
label. La première certification créée par Max Havelaar
concerne le café. Les standards sont ensuite adaptés à
d’autres produits comme le thé, le cacao, le sucre, le miel,
le riz, les fruits frais, les fleurs coupées ou le coton. À ce
jour, la filière labellisée concerne une vingtaine de
produits.
Au cours des années 1990, le mouvement
de labellisation du commerce équitable se structure. En 1997
naît FLO International (Fairtrade Labelling Organizations),
organisation regroupant les différentes initiatives de
labellisation de par le monde, telles que Max Havelaar,
Transfair et Fairtrade. Les critères d’entrée sur les
registres des producteurs et des importateurs du commerce
équitable se standardisent également. Pour obtenir la
certification de FLO, les producteurs sont contraints de
respecter un certain nombre de critères, à savoir : 1) se
regrouper en organisation, sous forme associative ou
coopérative par exemple, 2) fonder une organisation
majoritairement composée de « petits producteurs »,
c’est-à-dire des producteurs qui ne dépendent pas
structurellement de main d’œuvre contractuelle pour exploiter
leur propriété, 3) s’assurer que l’organisation est
indépendante et démocratiquement contrôlée par ses membres, 4)
ne pratiquer aucune forme de discrimination, 5) ouvrir
statutairement la structure collective aux nouveaux membres et
permettre son indépendance politique, 6) posséder quelques
capacités d’exportation : une logistique adéquate et une
expérience de commercialisation antérieure.
Parallèlement à ce registre des
« organisations de petits producteurs », FLO établit un
registre des « organisations dépendant d’une main d’œuvre
salariée », destiné à défendre les droits des salariés
des organisations (plantations, usines, coopératives…) situées
dans les pays du Sud. Contrairement aux producteurs, ces
employés ne sont pas détenteurs de leurs moyens de production.
Pour ces structures, les standards adoptés par FLO
s’apparentent au respect des critères sociaux de l’Organisation
Internationale du Travail (OIT) : interdiction du travail
forcé et du travail des enfants, liberté d’association et
création d’une convention collective, existence et
fonctionnement de syndicats, droit à la négociation
collective, respect des droits sociaux fondamentaux (salaire
« décent », possibilité de congés, respect des normes de
sécurité, accès aux soins et hygiène sur le lieu de travail),
non-discrimination des femmes, des personnes handicapées et
des personnes appartenant à des minorités ethniques,
religieuses ou culturelles.
-
En ce qui concerne les importateurs de
produits provenant de structures collectives certifiées
« équitables », FLO exige que les entreprises s’engageant
dans la filière (entreprises qui ne sont pas nécessairement
spécialisées dans ce type de commerce) respectent également
une série d’engagements :
-
l’établissement d’une relation
commerciale stable à long terme avec les fournisseurs doit
être systématiquement recherchée – l’objectif est d’inciter
les producteurs à se lancer dans des investissements de
production sans se risquer face aux incertitudes du marché ;
-
les importateurs assurent un
préfinancement d’au moins 60 % de la valeur d’achat du
produit final, pour permettre aux organisations de
producteurs de préfinancer leurs récoltes et d’assurer la
circulation de l’argent liquide pour leurs membres ;
-
les produits achetés aux organisations
du Sud bénéficient d’un prix minimum garanti lorsqu’il
existe. Cet aspect, très important, est probablement le plus
connu du commerce équitable. Le prix minimum garanti, ou
« prix plancher », est calculé pour chaque produit au sein
de comités de travail de FLO (regroupant producteurs,
acheteurs, organisations du commerce équitable), sur la base
des coûts de production moyens par zone géographique et de
la qualité du produit fini. Pour le café par exemple, le
prix minimum d’une livre de café Arabica lavé produit en
Amérique Latine est de 1,26 dollars américains. Ces cinq
dernières années, les cours du café ne dépassèrent pas un
dollar la livre, le prix du commerce équitable s’avérant
financièrement particulièrement attractif pour les
producteurs. Lorsque le cours de la Bourse dépasse le prix
imposé par FLO, le prix équitable suit le cours boursier,
majoré d’une prime de 5 cents la livre : c’est la prime de
développement (point suivant) ;
-
en plus du prix garanti, l’acheteur
paie à ses fournisseurs une prime destinée au financement de
projets et d’investissements collectifs : cette « prime de
développement » est de 5 cents américains la livre ;
-
l’importateur s’engage à établir une
relation directe avec son fournisseur, afin de limiter le
nombre des intermédiaires de la filière7.
On notera enfin que FLO cherche aujourd’hui à développer des
systèmes de contrôle de ses filières conformément aux normes
internationales ISO 65.
Les deux
tendances du commerce équitable
Deux tendances se distinguent désormais
au sein de la mouvance équitable : d’un côté, la « sphère
de la spécialisation » qui regroupent les acteurs
spécialisés dans le commerce équitable (les Magasins du Monde
et leurs centrales d’achat), de l’autre, la « sphère de la
labellisation » qui rassemble les organismes de
certification du commerce équitable (FLO International) ainsi
que les entreprises d’importation et de distribution des
produits issus du commerce équitable qui appartiennent ou
travaillent en lien avec l’économie dite « conventionnelle »
(Habbard, Lafarge, Peeters, Vergriette, 2002). Chez les
premiers, les rapports commerciaux avec les organisations de
producteurs sont essentiellement basés sur la confiance et les
liens personnels. Dans cette sphère, de simples
auto-évaluations sont demandées aux organisations du Sud (les
producteurs) comme du Nord (les distributeurs). Ce modèle
puise largement dans le bénévolat et le militantisme pour
fonctionner. Il a pour mérite de pouvoir mettre en place des
filières de production sans nécessairement tenir compte de
leur volume d’échange. Une grande variété de produits, dans
les domaines alimentaires et non-alimentaires, est proposée
aux consommateurs. Cependant, comme nous l’avons suggéré, ces
débouchés commerciaux restent peu appropriés à une stratégie
de consommation de masse.
Dans la sphère de la labellisation, au
contraire, le contrôle des conditions de production des
produits et de la relation avec les importateurs visent la
rationalité et l’objectivité. Les référentiels sont précis et
contractualisés. Des inspecteurs locaux sont envoyés dans les
organisations de producteurs pour s’assurer du respect des
critères du commerce équitable. Ils s’appuient sur un système
de cahiers des charges relativement détaillés. Parallèlement,
des inspecteurs sont missionnés chez les importateurs pour
vérifier la tenue des comptes relatifs aux transactions
équitables. La démarche se veut avant tout professionnelle.
Cette sphère offre l’indéniable avantage de standardiser les
critères du commerce équitable et, par conséquent, d’ouvrir le
principe de ce type de commerce aux entreprises et
organisations non militantes, a priori peu concernées
par les marchés alternatifs. Mais les acteurs défendant cette
conception du commerce équitable se retrouvent souvent
partagés entre leur idéal éthique, les valeurs morales et
humaines revendiquées, et les réalités du marché
international : les organisations de producteurs les plus
solides, les plus productives capteront plus facilement les
parts de marché équitable que les autres. Il est en effet
moins contraignant pour les importateurs conventionnels de
traiter de forts volumes d’achat avec des organisations
équitables assurées, fiables, que de risquer des délais de
livraison non prévus ou une qualité irrégulière de produit
avec des fournisseurs moins organisés. Dans ce cas, le
commerce équitable profitera avant tout aux structures
collectives stables, au détriment des formations plus faibles.
Tandis que les partisans de la
labellisation se montrent « réformateurs », dans le
sens où ils pensent que le commerce équitable est susceptible
d’améliorer le système libéral actuel en utilisant les
structures capitalistes existantes, les défenseurs de la
filière spécialisée conçoivent l’économie équitable comme
entièrement alternative, devant faire appel à des
organisations parallèles, non impliquées dans le commerce
conventionnel. On retrouve cette dichotomie dans d’autres
secteurs du développement durable : le secteur de la
production biologique, le secteur des énergies renouvelables…
dans lesquels partisans du changement du système de
l’intérieur ou de l’extérieur s’affrontent.
Les tensions entre les deux approches
décrites ci-dessus ont tendance à se cristalliser autour du
thème des modes de distribution des produits issus du commerce
équitable. Si les acteurs de la sphère de la labellisation
travaillent dans le sens d’une distribution des produits
équitables dans les lieux classiques d’achat des consommateurs
du Nord – en l’occurrence, les grandes et moyennes surfaces8
–, les tenants de la sphère de la spécialisation ne conçoivent
la vente de produits alternatifs que dans des petits
commerces. En effet, la grande distribution est accusée de
nombre de maux : par sa situation monopolistique et ses
pressions sur les prix, elle contribue, selon les militants, à
la baisse de la qualité des produits, la suppression d’emplois
(concentration de producteurs, délocalisations) et la
dégradation du milieu naturel par l’intensification des modes
de production (Jacquiau, 2000).
S’il apparaît désormais clairement que
le terme de « commerce équitable » regroupe des acteurs
agissant de manière très dissemblable, il semble à présent
intéressant d’analyser les rapports entre commerce équitable
et développement durable.
Le commerce
équitable au regard du développement durable
Aujourd’hui, le commerce équitable tend
à revendiquer son appartenance au mouvement du développement
durable. Ce mouvement repose sur trois dimensions
fondamentales : la justice et le développement social, la
protection de l’environnement, l’efficience et la rationalité
économique. Il convient d’examiner la position du commerce
équitable sur ces différents aspects.
Justice et
développement social
Le commerce équitable a pour objectif
non seulement d’améliorer le bien-être économique et social
des producteurs du monde, mais aussi d’œuvrer au niveau
politique pour changer les règles du commerce international
dans leur ensemble.
Au niveau macrosocial, il est reproché
au commerce équitable – du moins sous sa dimension
internationale – de ne pas parvenir à remettre
fondamentalement en cause les rapports économiques, politiques
et symboliques entre les pays du Nord et les pays du Sud
(Boris, 2005). Dans cette perspective, le commerce équitable
reste impuissant à éradiquer les mécanismes de formation des
inégalités au niveau international. Autrement dit, il ne
s’attaque pas véritablement aux causes de l’iniquité. La
question de la dépendance et du pouvoir est insuffisamment
prise en compte. En effet, le commerce équitable est soumis à
la loi conventionnelle de l’offre et de la demande, et la
demande en produits issus du commerce équitable est inférieure
à l’offre. Aussi, la domination économique reste en faveur des
pays consommateurs. Or, dans un marché marqué par la
surproduction chronique de nombre de matières premières
produites au Sud, le rapport de force reste du côté des
acheteurs du Nord. En ce sens, le commerce équitable
échouerait dans sa mission politique.
À un niveau plus microsocial, les
organisations du Sud sont très disparates concernant leurs
capacités de négociation commerciale et de captation
d’acheteurs. Si certaines vendent la totalité de leur
production aux conditions équitables, d’autres n’investissent
aucun marché pendant plusieurs années, malgré l’accroissement
global des ventes des produits équitables. L’écart de revenu
entre les sociétaires de différentes organisations, pour un
volume, une qualité et des conditions de production
identiques, peut aller du simple au triple.
Dans les cas où l’offre est
surabondante, le commerce équitable est victime de son
succès : il procure un tel mieux-être économique à ses
bénéficiaires qu’il crée ou intensifie des processus
concurrentiels entre les organisations paysannes. À l’inverse,
lorsque la demande se fait pressante et l’offre encore
relativement rare (lors du lancement de nouveaux produits
équitables par exemple), la certification des organisations de
producteurs se réalise dans l’urgence, ce qui, à terme,
engendre des tensions sur le terrain, les uns s’estimant plus
« méritants » que les autres pour obtenir la
certification.
Enfin, on notera que, dans certains
contextes, le commerce équitable tend à favoriser le
développement des cultures d’exportation au Sud, au détriment
des cultures vivrières. Outre les phénomènes de rupture des
fragiles équilibres alimentaires et de renforcement de la
dépendance économique des pays du Sud exportateurs envers les
pays du Nord importateurs, l’intensification des cultures
d’exportation a des répercussions écologiques néfastes, et ce
à plusieurs niveaux. Les polycultures favorables à la
préservation de la biodiversité laissent parfois place à des
monocultures, jugées à court terme plus rentables
économiquement pour les populations défavorisées. En outre,
pour une meilleure productivité, des appareils motorisés,
comme des tracteurs, sont utilisés pour labourer les terres,
ce qui déséquilibre les milieux écologiques fragiles (nous
pensons notamment aux Andes boliviennes sur lesquelles
s’intensifie la culture de quinoa).
Ces dimensions font l’objet de suivis
attentifs de la part des acteurs du commerce équitable, mais
elles sont en pratique difficilement maîtrisables. Les
avertissements des acteurs engagés (« Le commerce
équitable n’est pas la panacée ! », selon l’expression de
Max Havelaar France) ont peu de poids face à l’espoir démesuré
que le commerce équitable génère en termes de développement
social et de justice internationale, au Sud comme au Nord.
Protection de
l’environnement
La protection de l’environnement est un
sujet qui, pendant longtemps, n’a pas été une préoccupation
majeure des acteurs du commerce équitable. Nous avons vu que
le commerce équitable est né d’une volonté de solidarité entre
le Nord et le Sud. La question des coûts écologiques de
production, de transport et de distribution des produits est
longtemps apparue comme secondaire face à l’urgence du besoin
des populations du Sud. Avec l’émergence des préoccupations
liées à l’environnement dans les années 1970 et
l’accroissement spectaculaire de la notoriété du terme de « développement
durable » à la fin des années 1990, les acteurs du
commerce équitable se sont attentivement penchés sur cette
dimension de leur action, sans pour autant chercher à se
substituer aux mouvements de certification biologique déjà
existants.
Prenons le cas de la sphère de la
labellisation. Depuis quelques années, les cahiers des charges
des produits issus du commerce équitable de FLO comportent
plusieurs mesures allant dans le sens de la protection de
l’environnement. Ont ainsi été ajoutés aux critères sociaux,
fondements du commerce équitable, des standards
environnementaux : interdiction d’utiliser certains
pesticides, incitation à l’instauration de pratiques
écologiques de maintien de la fertilité des sols (fabrication
de composts à partir de déchets agricoles et ménagers,
création de lombricultures ou « cultures de vers de terre »),
de conservation des sols (élaboration de terrasses sur les
versants pour lutter contre l’érosion), mise en place de
mesures pour assurer la protection physique des employés
maniant des produits chimiques dans les plantations, etc.
Progressivement, le mode de production
des organisations équitables se rapproche des méthodes de
production biologique. Cette tendance est renforcée par le
marché, puisque l’apposition des deux labels équitable et
biologique renforce le succès des produits auprès des
consommateurs. Actuellement, plus de la moitié des produits
alimentaires équitables vendus sont également certifiés
biologiques. On notera que certains industriels se
positionnent sur le créneau de la double labellisation, ce qui
inquiète les mouvements de certification équitable originels
redoutant de voir leur marché s’échapper et leurs idéaux se
galvauder.
Néanmoins, le mouvement équitable
souffre d’un manque de réflexion sur le transport des
marchandises. Tout se passe comme si le commerce équitable
était « équitable » au niveau de la production, éventuellement
de la transformation, et pour la sphère de la spécialisation,
au niveau de la distribution, soit, en fin de compte, sur une
partie des filières. Aujourd’hui, la plupart des produits
issus du commerce équitable international circulent par
bateau, les plus fragiles étant transportés par avion. Tandis
que les transporteurs naviguent souvent sous pavillon de
complaisance, ce qui pose des questions sociales et éthiques
certaines, les coûts écologiques engendrés par l’utilisation
de l’avion ne sont pas négligeables. Les acteurs défendent le
maintien de leur activité internationale en arguant de
l’impossibilité, à l’heure actuelle, de faire appel à d’autres
moyens de locomotion. Ces derniers entraîneraient des coûts
économiques ou des délais de livraison prohibitifs. Pour eux,
la priorité se situe au niveau des besoins économiques et
sociaux des producteurs du Sud.
S’interroger sur l’efficience (ou
l’efficacité)9 du commerce équitable peut sembler étrange dans
la mesure où le commerce équitable a précisément pour objectif
de sortir de la logique marchande conventionnelle de
maximisation des profits, de rentabilité économique optimale.
Cependant, pour être « durable », le commerce équitable ne
peut négliger, à l’instar de toute forme d’activité humaine,
de fonctionner selon une certaine rationalité économique,
c’est-à-dire d’atteindre un équilibre entre coûts et dépenses.
C’est sur ce plan que le commerce équitable essuie maintes
critiques de la part de ses détracteurs néo-libéraux. Pour ces
derniers, le commerce équitable manque d’efficience et de
rationalité pour plusieurs raisons. La première est que
l’existence du commerce équitable dépend en grande partie de
subventions étatiques, para-étatiques ou privées. Les
subventions des gouvernements, le travail gratuit des
bénévoles et la générosité des consommateurs au Nord10
témoignent du manque d’efficacité économique intrinsèque du
commerce équitable. En cela, le commerce équitable ne peut
s’appliquer à l’ensemble des produits commercialisés. Pire, il
représente une distorsion des règles de l’économie de marché
libéral, en mettant en concurrence des produits conventionnels
peu ou pas subventionnés avec ces produits équitables
« aidés ».
Aussi, pour les tenants du
libre-échange, le commerce équitable constitue une subvention
à l’inefficacité. Il retarde la modernisation des filières
dans lesquelles il intervient, en soutenant économiquement des
initiatives vouées à disparaître. Nombre de coopératives
équitables auraient des coûts de production considérablement
plus élevés que ceux des organisations conventionnelles. En
raison de la prime équitable, ces structures inefficientes
parviendraient à se maintenir. Sur le terrain, cette
affirmation est partiellement vérifiée. Dans certains cas, les
organisations équitables ont des coûts de production
totalement hors des cadres conventionnels (trois à quatre fois
plus que la « moyenne » nationale). Mais dans d’autres, le
commerce équitable a incontestablement dynamisé les
organisations de producteurs sachant se servir du bénéfice
équitable.
Le second reproche est que le commerce
équitable n’est efficace que parce qu’il est marginal par
rapport au commerce conventionnel. Il est donc utopique
d’espérer une généralisation des échanges équitables. Selon
cette critique, le commerce équitable est viable précisément
parce qu’il n’a pas à se préoccuper de l’équilibre des
marchés. Pour ce faire, il doit inévitablement conserver une
position minoritaire au sein de l’ensemble des échanges
mondiaux. Si tous les produits étaient estampillés « équitables, »
la concurrence ferait que les prix baisseraient
inexorablement. En ce sens, le commerce équitable n’est pas
perçu comme une alter-économie.
Le problème de l’écoulement des produits
équitables est ramené au processus cyclique de la
surproduction qui entraîne une chute des prix, elle-même
déclenchant une baisse de la production, incitant à une
remontée des cours. Ainsi, l’intervention sur le marché est « inéquitable »
car elle entraîne une augmentation de la production de biens
dont l’offre est déjà excédentaire. Pour être économiquement
rationnel, le commerce équitable devrait donc œuvrer pour
l’augmentation des prix de l’ensemble des produits provenant
du Sud, ce qui limiterait les effets de surproduction pour des
produits spécifiques.
En pratique, ce dispositif semble
inenvisageable : comment serait-il possible de revaloriser les
prix de vente de l’ensemble des produits du Sud ? Qui plus
est, cette disposition ne serait sans doute pas nécessaire,
dans la mesure où le commerce équitable représente un marché
très réduit et que les quelques décennies d’application de ce
type d’échange marchand ont montré que rares sont les
producteurs ayant profité du bénéfice équitable pour accroître
leur production. Étant donné la précarité de leurs conditions
de vie et la faiblesse de leurs moyens de production, les
priorités vont plutôt à l’éducation des jeunes, la
construction de routes et de postes de santé.
Les attaques de nombre de néo-libéraux
sur l’efficience du commerce équitable revêtent le plus
souvent un caractère stratégique. Personne ne s’étonnera de
savoir que le commerce équitable est l’objet de convoitises.
Les entreprises sont en quête d’image écologique et sociale
auprès de consommateurs de plus en plus exigeants sur les
garanties de production sociale des produits achetés.
L’affaire « Mac Donald’s » en témoigne : depuis 2003,
l’entreprise de restauration rapide distribue en Suisse du
café de la marque Aroma labellisé « équitable » par Max
Havelaar. L’objectif manifeste est de revaloriser l’image
sociale de la transnationale. Cette opération médiatique
suscita un vif émoi au sein de la profession, les partisans de
la spécialisation trouvant de nouveaux arguments en défaveur
des tenants de la sphère de la labellisation (Max Havelaar,
2003).
Pour trancher ces débats, les
gouvernements du Nord comme du Sud auraient sans doute un rôle
important à jouer. Dans les pays dits « en développement »,
les États ont souvent tendance à déléguer aux ONG et autres
organisations de coopération internationale la résolution des
problèmes sociaux internes, concernant notamment la faible
dynamique économique du milieu rural (Rist, 2001). Au sein des
pays industrialisés, le commerce équitable, résolument à
l’honneur dans les discours, bénéficie de subventions limitées
et aléatoires. En France, le processus de normalisation du
commerce équitable engagé par l’État depuis 2001 (au sein de
l’Agence Française de Normalisation, l’AFNOR), débouche fin
2005 sur un « accord » décevant. Loin d’établir une
norme incontestable en matière de commerce équitable, l’accord
présente les « principes généraux du commerce équitable »,
qui n’auront finalement aucun caractère contraignant auprès
des acteurs associatifs et entrepreneurs concernés.
Pour conclure, on soulignera le fait que
l’affiliation du commerce équitable à la notion de
développement durable est une construction historique récente,
anticipée par les mouvements développementalistes américains
des années 1960. Malgré une définition officielle, le commerce
équitable fait l’objet de pratiques fort diverses, se
polarisant en deux sphères : la sphère de la spécialisation,
dans lesquels les acteurs ne réalisent que des échanges
marchands « équitables » et ne travaillent qu’avec des acteurs
ayant la même ligne de conduite, et la sphère de la
labellisation, ouverte aux entreprises de l’économie
conventionnelle désirant soumettre une partie de leurs
activités aux règles du commerce équitable. Au cours de cet
article, nous avons examiné quelques limites et ambiguïtés du
commerce équitable relatives à la mise en pratique du
développement durable, envisagé sous ses dimensions familières
(sociale, environnementale et économique). Malgré sa prise en
compte attentive des aspects sociaux du mode de production, le
paradigme du commerce équitable, notamment développé par la
sphère de la labellisation, reste avant tout économique. Il ne
peut s’affranchir du schéma d’adaptation de l’offre à la
demande. Était-ce un résultat si prévisible qu’il semblerait
naïf de s’en étonner ? Nous ne le croyons pas, étant donné que
le commerce équitable tel qu’instauré par les premiers
Magasins du Monde privilégiait l’aspect « éthique » de son
approche sur la dimension économique. Néanmoins, nous l’avons
vu, ce modèle reposait entièrement sur le bénévolat et le
militantisme pour fonctionner. Aujourd’hui, avec l’approche de
Max Havelaar, le commerce équitable gagne incontestablement en
efficacité économique, au risque, pour certains, de mettre au
second plan ses ambitions éthiques.
Une conclusion s’impose : il en revient
aux pouvoirs publics de prendre des mesures favorisant le
rééquilibrage des rapports marchands internationaux entre pays
du Nord et pays du Sud (Beitz, 1999 ; Pogge, 2003). En dépit
de leur aspiration à davantage de justice sociale, les
consommateurs occidentaux capables financièrement d’acheter
des produits du commerce équitable, ne pourront à eux seuls
changer le rapport de force économique, social, politique et
symbolique entre pays producteurs et pays consommateurs. En
appeler à un règlement politique des déséquilibres Nord-Sud
relève peut-être d’un vœu pieu… Mais comment passer outre le
politique ? C’est à cette condition semble-t-il incontournable
que le développement pourra s’affirmer humainement durable11.
Bibliographie
Barratt
Brown M., 1993,
Fair Trade, Reform and Realities in the International Trading
System, Londres, Zed Books, 226 p.
Beitz Charles
R., 1999, Political Theory and International Relations,
Princeton, Princeton University Press, 248 p.
Boris J.-P.,
2005, Commerce inéquitable – Le roman noir des matières
premières, Paris, Hachette Littératures, RFI, 191 p.
Habbard P.,
Lafarge L.,
Peeters A.,
Vergriette B.,
octobre 2002, État des lieux et enjeux du changement d’échelle
du commerce équitable – Typologie des filières, marchés de
consommation, gouvernance internationale et cohérence globale
du commerce équitable, Solagral, CIRAD, CICDA, CEDAC, 61 p.
Jacquiau C.,
2000, Les coulisses de la grande distribution, Paris, Albin
Michel, 366 p.
Max Havelaar,
septembre 2003, « Mac Donald’s Suisse choisit le café
équitable », Fair(e) Actualités, n° 2, p. 2.
Pogge Thomas W.,
octobre 2003, « « Porter assistance » aux pauvres du monde »,
trad. Patrick Savidan, Raison publique, n° 1, Paris, Bayard,
pp. 104-148.
Rist G., 2001,
Le Développement, Histoire d’une croyance occidentale, Paris,
Presses de Sciences Po, 443 p.
Roozen N.,
Van der Hoff F.,
2001, L’aventure du commerce équitable, Paris, Lattès, 286 p.
Weber M., 1994,
L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, Paris, Plon,
286 p.
Max Havelaar France :
http://www.maxhavelaarfrance.org
FLO International : http://www.fairtrade.net
Artisans du Monde : http://www.artisansdumonde.org
Notes
Nous sommes conscients du
fait qu’à strictement parler, le « commerce équitable » au
sens d’« échange commercial honnête » a de tout temps
existé, au même titre que l’« agriculture biologique » ou
l’« architecture bioclimatique ». Nous traiterons dans cet
article du commerce équitable, tel qu’on l’entend
aujourd’hui, au sens de pratique distincte du reste du
commerce, qualifié de « commerce conventionnel ».
Sondages Ipsos d’octobre
2000 et mai 2005, pour la Plate-Forme Française pour le
Commerce Équitable et Max Havelaar France.
Nous entendons par « pays
du Sud » les pays considérés par l’OMC comme « pays en
développement » et « pays les moins avancés ». Par
opposition, les « pays du Nord » regroupent les pays
occidentaux tels que les États-Unis, le Canada, les pays de
l’Union Européenne, le Japon et l’Australie. Bien que cette
distinction soit grossière, nous avons choisi de la
conserver dans la mesure où elle constitue un axe de
réflexion important pour les acteurs impliqués dans la
pratique du commerce équitable.
Comme nous allons le
voir, à ses origines, le commerce équitable a été pensé
comme une initiative de solidarité internationale, entre des
producteurs des pays du Sud et des consommateurs des pays du
Nord. Depuis une quinzaine d’années, plusieurs acteurs
souhaitent étendre l’appellation à un commerce équitable
« domestique », entre les producteurs et consommateurs d’un
même pays ou d’une même aire géographique.
Au cours du texte, par
souci de simplicité, nous emploierons volontiers des
métonymies telles que « produit équitable » ou
« organisation équitable » pour désigner un « produit issu
des règles du commerce équitable définies par les acteurs
impliqués dans cette mouvance » ou une « organisation
fonctionnant selon les règles du commerce équitable définies
par les acteurs impliqués dans cette mouvance ».
La notion de « label »
n’ayant pas été validée juridiquement, certains acteurs
sociaux (associations de consommateurs par exemple)
préfèrent l’utilisation du terme « logo » pour désigner la
certification exercée par Max Havelaar. Pour des raisons de
simplification, nous utiliserons dans ce texte le terme de
« label », couramment utilisé dans ce contexte, renvoyant à
l’activité de « labellisation » de la structure associative
qu’est Max Havelaar.
Pour plus de détails, il
est possible de télécharger les critères produit par produit
sur le site de FLO International : http://www.fairtrade.net
Plus de 95 % des
consommateurs français font leurs courses au moins une fois
par mois dans un hypermarché, supermarché ou hard discount
(source : Credoc, 2004).
Il est d’usage de
distinguer l’efficience de l’efficacité, dans le sens où
l’efficience porte sur la relation entre les activités
réalisées et les résultats obtenus tandis que l’efficacité
se définit comme l’adéquation entre les objectifs d’un
programme, d’une action entreprise et les résultats obtenus.
Le lecteur intéressé pourra se reporter au Guide
méthodologique, Prise en compte de l’impact et construction
d’indicateurs d’impact, du F3E (Fonds pour la promotion
des études préalables, études transversales et évaluations),
juin 1999, CIEDEL, 52 p. Dans la suite du texte, le terme
d’efficience, plus indiqué pour notre propos, sera utilisé.
10 Les produits du commerce équitable sont en moyenne 10 à
20 % plus chers que les produits conventionnels. Cependant,
la différence de prix est faible (de l’ordre de 2 à 5 %) en
comparaison avec des produits de qualité et de certification
environnementale identique (haute qualité, certification
biologique).
11 L’auteur remercie les rapporteurs pour leurs
commentaires ayant permis d’améliorer cet article. La
responsabilité des défauts qui pourraient demeurer en
incombe évidemment à l’auteur.
Doctorante en
Sociologie, laboratoire du CERLIS, Université de Paris V –
Sorbonne / CNRS.
virginiediaz@yahoo.fr
Pour citer cet article :
Virginie Diaz Pedregal « Le commerce équitable : un des
maillons du développement durable ?», Développement
Durable et Territoires
Dossier 5 : Économie plurielle,
responsabilité sociétale et développement durable,
Mis en ligne le :
10 janvier 2006
Disponible sur :
http://developpementdurable.revues.org/document1644.html