Manhwa
(prononcer man-houa) signifie bande
dessinée en coréen. On
l'utilise à l'étranger pour désigner la bande dessinée coréenne.
Part importante de la culture coréenne, le Manhwa est très dynamique
et se décline sous de nombreuses formes : papier, Internet et
téléphone mobile. La Corée est aujourd'hui l'un des premiers pays
producteurs de bandes dessinées. Un auteur de Manhwa est
appelé un Manhwaga
Cette bande dessinée trouve
son origine dans une peinture traditionnelle de l’extrême Orient,
dans laquelle on retrouve la particularité toute asiatique du
travail de la ligne et du vide. A l’origine, les thèmes, tournent
autour d’un style épique typiquement Coréen. Le Manhwa est un album
en format poche ou semi poche d’environ 200 pages, se lisant de
gauche à droite de manière assez rapide. Un grand lecteur peut ainsi
lire jusqu’à 1400 Manhwas en une année. On retrouve ici nombre de
similitudes avec le Manga japonais, mais deux différences fondamentales, l’une de forme puisque le
Manhwa se lit de gauche à
droite (comme la BD
en France), l’autre de fond car cette BD coréenne aborde de façon
plus frontale des thématiques proches de son histoire et de sa
réalité sociale.
Le Manhwa est une BD que l’on ne connaît peu, voire que l’on a
ignorée. Bercé par une conception tripartite de la création BD,
entre les USA, le Japon et la France, le reste du monde est
longtemps apparu aux yeux de beaucoup comme quantité négligeable.
Sous nos latitudes, un titre a à peine pu voir le jour (Armagedon,
chez Kana, épuisé), d’ailleurs pris pour un manga. Ce fut
donc pour beaucoup une surprise que de découvrir une BD, et un
marché, non pas équivalent au nôtre, mais bien plus puissant, tant
dans sa création multiforme que dans ses ventes, astronomiques. Les
chiffres le prouvent :
La France est un pays de 60 millions d’habitants (avec les dom-tom)
avec un marché BD estimé à près de 230 millions d’Euros (soit 5% du
marché livre) pour près de 3000 titres édités en 2006 et 31 millions
d’exemplaires vendus.

Situation
économique du Manhwa en Corée
En Corée, pays de 46 millions d’habitants, le marché du Manhwa
représente ainsi près de 9100 titres édités, soient 27% des
publications papier pour 42 millions d’exemplaires vendus. Ceci nous
donne un marché, en ventes pures, à 3 niveaux qui, donc, en 2002 a
rapporté 60 millions d’Euros (pour la vente directe), 14 millions d’Euros
(pour la BD digitale) et 430 millions d’Euros (pour le marché de
prêt, cf annexe Manhwabang). Rien à voir, donc ! Mais si l’on
observe immédiatement que la Corée édite plus de livres que la
France, il faut néanmoins considérer que ce sont deux marchés
parallèles à la vente qui génèrent le chiffre d’affaires total
faramineux de 504 millions d’Euros ! En France, il n’existe pas
encore de marché de
la BD digitale et il
n’a jamais existé de marché de prêt (mais la situation évolue,
puisque on compte déjà deux Manga cafés sur Paris).
|
Nombre de titres et d'albums publiés
annuellement
Source : Annuaires de l'édition 2002 : Centre des éditions
culturelles de Corée. |
|
Année |
Titres |
Part (%) |
Albums |
Part (%) |
|
1990 |
4 130 |
9 |
6 833 681 |
2,7 |
|
1991 |
4 142 |
15,4 |
5 820 160 |
4,1 |
|
1992 |
4 694 |
15,9 |
5 413 195 |
3,8 |
|
1993 |
4 644 |
15 |
7 206 497 |
4,9 |
|
1994 |
4 930 |
14,2 |
10 827 510 |
6,6 |
|
1995 |
4 699 |
14,6 |
13 359 340 |
8,4 |
|
1996 |
5 592 |
17,3 |
18 021 725 |
10,2 |
|
1997 |
6 297 |
18,7 |
23 605 460 |
11,1 |
|
1998 |
8 122 |
22 |
33 025 623 |
17,3 |
|
1999 |
9 134 |
26 |
36 665 233 |
32,5 |
|
2000 |
9 329 |
26,6 |
44 537 041 |
39,4 |
|
2001 |
9 177 |
26,5 |
42 151 591 |
35,9 |
Le marché semble s’etre
stabilisé après la crise des années 97-98. En 2001, la production a
rapporté 156 millions de wons dont la moitié provient des ventes en
librairies ou en grandes surfaces, l'autre moitié des
Manhwabangs. Le marché des Manhwabangs représentait en 2001 un
marché de 514 millions de wons. Il se consolide. Diffusion par
Internet, gestion du marché BD, BD digitales, salles de lecture,
c’est bien une autre planète BD qui s’est offerte à nous, dans sa
forme, ses thèmes ou sa commercialisation. Oui, vraiment, nous avons
tout à gagner en France à apprendre de la Corée ou, du moins, à ne
pas la laisser dans l’ombre.
Omniprésente
dans la vie quotidienne des Coréens, la bande dessinée revêt des
aspects très divers. Par la lecture de strips quotidiens dans la
presse ou par l’emprunt de volumes en salles de prêt, les Coréens
ont assimilé la bande dessinée comme un medium capable de leur
parler aussi bien de leur histoire que de la vie quotidienne avec
plus de légèreté. Si les auteurs contemporains perpétuent les
traditions en prenant pour modèle leurs aînés, on assiste également
depuis la fin des années 90 à l’émergence d’une nouvelle génération.
Certains jeunes auteurs s’émancipent des codes classiques pour
proposer une nouvelle bande dessinée plus underground, tant par sa
forme que par son propos. La société coréenne, très dynamique, suit
les modes avec une extrême rapidité. Il en va de même pour le Manhwa
qui produit de nombreux genres, parfois influencé par les Mangas, et
qui s'adapte à de nouveaux modes de lecture. Les jeunes auteurs
recherchent des innovations radicales tant dans le style des dessins
que dans les supports choisis. Le taux de pénétration de l'Internet
haut débit, qui est l'un des plus important du monde, favorise la
diffusion des Manhwas. Les sites des Manhwabangs proposent l’achat
de pages de Manhwas par Internet. Un nouveau marché est en plein
développement: les Manhwas de quatre cases, sonorisés, que l'on
télécharge et lit sur son écran de téléphone mobile. Toutes les
sociétés de téléphone mobile proposent des Manhwas à leurs abonnés,
faisant ainsi travailler des dizaines de studios. L'État même
cherche aujourd'hui à diffuser et à faire connaître les Manhwas,
encore méconnus et trop souvent assimilés aux Mangas dans le reste
de monde. Ceux-ci commencent à être publiés en Europe, aux
États-Unis et au Japon.
Manwha, les auteurs incontournables

Comme nous avons nos
HERGE et nos FRANQUIN, certains auteurs
incontournables ont posé les
jalons de la bande dessinée coréenne.
KIM Yong-hwan a ainsi contribué à jeter les bases de la
discipline dès 1945. Crayonné en noir et blanc, son Professeur
Kojubu, doté d’un complet noir, d’un chapeau melon et de
fines moustaches, est le premier personnage populaire de la bande
dessinée coréenne. Autre icône, Taengi remporte un vif
succès dans les salles de prêt durant les années 60. Créé par IM
Chang, ce personnage au visage et aux yeux tout ronds («
Taengi » signifie d’ailleurs « rond ») fut pris comme modèle par
de nombreux auteurs. Décliné à l’infini (Récits de chasse
de Taengi, Taengi et le metteur en scène, Le
chien préféré de Taengi…), ces bandes dessinées à la ligne
claire s’adressent en priorité aux enfants.
La décennie suivante, c’est Grospoing qui s’attire la
faveur du public. Ce garçon aux longues tresses, doté d’un poing
droit énorme, permet à son créateur KIM Won-bin d’aborder un
nouveau genre : le drame historique d’action destiné à la jeunesse.
S’il est toujours malaisé et réducteur d’établir des comparaisons
entre des auteurs qu’a priori rien ne rapproche, il apparaît tout de
même intéressant de signaler une certaine ressemblance dans le
graphisme des personnages de KIM avec ceux de TEZUKA
Osamu, qui démarre au début des années 60 la série
Astro Boy. Grospoing sera édité sous forme de
feuilleton durant presque 10 ans et, fait rare dans l’industrie
coréenne, connaîtra une réédition en 1992.
La thématique historique a ensuite eu ses successeurs. La bande
dessinée est un medium intéressant car il permet aux Coréens de
revenir sur l’histoire de leurs pays, de manière grave ou comique.
C’est ainsi une BD historique (issue d'un roman célèbre en Chine)
qui constitue le premier succès pour adultes dans les années 70 :
Samguk ji (Les trois royaumes) de
GO U-yeong, qui évoque l’histoire coréenne avec beaucoup
d’humour. Les années 80 ne démentent pas l’attrait des lecteurs pour
l’histoire. Si les fresques historiques continuent d’intéresser le
public (citons HA Seung-Nam et sa Légende en terre
perdue, qui se déroule durant la guerre qui opposa
la Corée
à la Chine en l’an 668), on assiste également à l’émergence d’un
courant se penchant sur une période historique plus contemporaine.
Notamment KIM Hyeong-bae, qui s’était fait connaître dans le
domaine de la SF durant les années 70, va peu à peu se tourner vers
des récits de guerre. Son œuvre Scramble (1986) ose
une évocation réaliste de la guerre du Vietnam. Se plaçant du point
de vue d’une jeune Coréenne qui a pris part aux combats, l’auteur
étudie l’impact psychologique et tragique de la guerre sur les
soldats. Son graphisme réaliste mis au service d’une réalité crue
constitue une œuvre poignante sur un sujet encore délicat.
Durant les années 80, la BD historique laisse place à un courant
réaliste. LEE Doo-ho est un auteur représentatif de cette
évolution : s’il invente son propre style de drame historique avec
Le bruit du vent, Eo pung dae envoyé
royal et Le bandit généreux (Paquet), il se
penche au milieu des années 80 sur des thématiques plus
contemporaines, basées sur une compréhension approfondie de la
société coréenne. Autour d’un contexte historique documenté, il
décrit la vie du petit peuple, évoquant la pauvreté des paysans
contraints à l’exode.
Lim Keok Jeong (le
personnage du bandit généreux) est un véritable
héros national qui, au cours du XVIe siècle, arma un groupe de
paysans pour combattre le despotisme des aristocrates. Lee Doo Ho,
qui est aujourd’hui l’un des plus grands auteurs de son pays, nous
livre sa destinée. Keok Jeong, encore adolescent, doit fuir son
village après avoir humilié des nobles. Les exploits d’un vieux sage
capable de fendre le fer avec son sabre arrivent à ses oreilles et,
impressionné, il décide de rejoindre le vieil homme qu’il convainc
de devenir son maître. La trame de départ n’est certes pas
différente de bien des récits médiévaux japonais : un sage exigeant
mais juste qui fait l’apprentissage en arts martiaux d’un jeune
homme fougueux. Mais l’histoire devient très vite passionnante car
Lee Doo Ho l’intègre avec naturel dans un univers réaliste.
L’auteur a vraisemblablement passé du temps à se documenter et tant
les coutumes et la société coréenne fortement hiérarchisée (le héros
fait partie des Baekjeongs, les "tueurs de bétail", la classe la
plus basse) que les costumes et les décors évoquent admirablement
cette période. Didactique par certains côtés, Le bandit
généreux n’est pas dénué d’humour lequel fait aussi en
grande partie le charme de cette saga historique au trait dynamique.
Les situations cocasses égayent régulièrement le récit et les
disputes entre disciples ou même entre le maître et son élève
donnent lieu parfois à des dessins burlesques, un peu à la manière
des "Super deformed" dans les Mangas. Le bandit généreux
a reçu en 1995 le grand prix du Manhwa en Corée.
Le jour du pique-nique
évoque la déchéance d’une famille de paysans dont le père boit
et perd au jeu. Tracé réaliste, couleurs pastel donnent vie à ce
récit. Comme autant de témoignages d’une époque, beaucoup d’auteurs
parlent de la vie rurale des années 70, du traumatisme de l’exode et
de la promiscuité urbaine qui en découle. Des auteurs comme OH
Sae-young, CHO Yang-Ho, SHIN Young-Sik, décrivent la vie
dans les villages durant les années 70, remontant ainsi aux racines
de la société coréenne actuelle. Reflet d’une époque, ces œuvres
douces-amères vont peu à peu laisser place à des thématiques moins
sombres.
Un auteur comme LEE
Hee-jae a commencé sa carrière en s'intéressant à la situation
des laissés-pour-compte de la croissance économique dans les années
80/90. Adaptée au Japon en 1992, son œuvre Le chagrin dans le
ciel (Hanguk) connaîtra un large succès. Suivant
l’évolution de la société coréenne, son propos devient plus léger
depuis les années 2000. La maison de Haenim présente
ainsi la vie quotidienne d’une famille coréenne moyenne : dessin
assez simple sous forme de saynètes légères, un peu dans la veine de
Mes voisins les Yamada. Il est également l’auteur de
Vedette (Hanguk).
Parallèlement à ce courant
réaliste, se développent en Corée de longs récits. Ayant acquis une
structure et une technique narratives solides grâce à ses études de
littérature, PARK Ki-jeong pose les bases du récit dramatique
dans les années 60. Son influence ressurgira dans les années 80,
avec le développement des bandes dessinées en plusieurs volumes, sur
le modèle du Manga japonais. Quelques auteurs se détachent du lot.
LEE Hyun se, qui ne nous est pas tout à fait inconnu (c’est
lui que Kana nous a fait découvrir en France il y a 10 ans) avec
Angel Dick (Kana, épuisé), Abadon,
Nambul (Kami) et HarmageddonGongpoeui
Oeingudan (Armagedon, Kana, épuisé)
avec son héros Hyesong, aux yeux perçants et aux
cheveux en bataille. En 1982 il publie l’un des premier
best-sellers du Manhwa : L’équipe de la terreur,
prônant les valeurs du dépassement de soi et de l’ascension
sociale accessible à tous. Cette histoire met en scène des
garçons issus de familles pauvres, qui se surpassent grâce à un
entraînement infernal, et constituera le plus gros succès de
son époque. Angel Dick est un Manwha en 3 volumes de
Lee Hyun-Se, inspiré du Manga Les fleurs rouges
de Hino Hideshi, édité en Corée du Sud par Daiwon, et en France par
Kana (collection Dark Kana). C'est le premier titre de
l'éditeur Dargaud consacré à
la BD
asiatique, et aussi le premier Manhwa à voir le jour en France. Il
est épuisé chez l'éditeur. Chaque volume constitue une intrigue
policière indépendante.
Dans la même lignée,
HEO Yeong-man propose avec Mudang geomi (L’araignée
chamane, relatant l’histoire d’un boxeur qui passe de la
catégorie poids lourd à celle des poids mouches après le décès de
son père) l’une des BD les plus populaires dans les salles de prêt
durant les années 80.
Parallèlement aux
témoignages réalistes, il existe un autre domaine de la bande
dessinée adulte coréenne : le dessin de presse qui revêt depuis les
années 50 une importance capitale. Sa présence dans les quotidiens
ne s’est pas raréfier à ce jour. Principal dessinateur de
presse contemporain, KIM Seong-hwan
exerce depuis les années 50. Il a créé en 1955 le personnage
de Gobaou, qui bénéficie à ce jour de la vie la plus
longue pour un personnage de BD : 14 139 épisodes sur près de
50 ans ! Témoin de l’histoire coréenne, ce héros aux petits
yeux ronds, au grand nez et à l’unique touffe de cheveux, semble
produire un véritable effet cathartique sur le public. Les propos
politiques de KIM lui ont valu des ennuis avec
le pouvoir à plusieurs reprises à la fin des années 50. La
tradition du dessin satirique a été ensuite perpétuée
par quelques grands noms. Depuis 1972, PARK Soo-dong
publie ses satires dans de grands quotidiens. Il fait
aujourd’hui partie de l’imaginaire des Coréens.
Démarrant sa carrière en 1988 dans le journal Hangyeore Sinmun,
1er journal coréen créé grâce à des fonds collectés par le
peuple,
PARK Jae-dong s’affirme comme un représentant
incontournable de la discipline. Parfois présenté comme le
dessinateur le plus représentatif des années 80,
PARK Jae-dong propose de véritables analyses de la
société coréenne : tels que les différences sociales, les
aberrations politiques, la condition féminine, avec beaucoup de
lucidité et un humour noir proche du cynisme. Son militantisme lui a
aussi valu des problèmes avec le système ; il se tourne depuis la
fin des années 90 vers l’animation. Des dessinateurs
dont
KO Gyoung-il perpétue la tradition du dessin
satirique. Japonais vivant en Corée, il offre un point de vue sur la
politique des deux pays.
La bande
dessinée coréenne aborde aussi des thèmes plus légers. Un des
courants importants est bien sûr la BD comique. Géant de la BD
comique à destination des enfants dans les années 70/80, KIL
Chang-deok va former deux auteurs : SHIN Mun-su, qui
proposera finalement de la bande dessinée pour adultes à la fin des
années 80, et YUNG Seung-un, qui dessine des personnages
apparentés aux SD (grosse tête, petit corps) dans les années 70.
Autre figure incontournable de la veine comique, KIM Su-jeong
a donné vie au personnage de Dooly le petit dinosaure,
aujourd’hui devenu le symbole de l’animation coréenne suite à ses
nombreuses adaptations pour la télé, la vidéo et le cinéma. Ses
planches font penser à du Charles SCHULTZ (Snoopy)
: des cases claires au graphisme naïf, mais enrichies de dialogues
touffus qui révèlent la psychologie de ses personnages. C'est aussi
le premier héros de Manhwa antipathique.
S’éloignant de la catégorie tout public, les auteurs contemporains
explorent un comique plus audacieux. Ainsi, PARK Kwang-soo,
considéré comme le plus remuant des dessinateurs de la jeune scène
coréenne, a suscité une véritable « génération Kwang-soo » à travers
son trait incisif en rupture avec le Manga japonais. Dans un autre
style, le personnage de KIM Jae-in ne nous est pas totalement
inconnu : grosse bébête nonchalante aux yeux mi-clos, son
Mashimaro nous arrive par des courts métrages en Flash via
le web (www.mashimaro.co.kr),
qui mettent en scène des aventures trash à souhait.
Univers riche et permettant tous les délires, la science-fiction
est, elle aussi, un courant important de la BD coréenne. PARK
Ki-dang a participé à l’enrichissement et à la diversification
du graphisme dans la première période de la BD coréenne, à travers
ses histoires de SF publiées dans les années 50. Une œuvre comme
Gaus, l’homme d’une autre planète, au trait très
réaliste, fait penser aux comics américains des années 50. Vingt ans
plus tard, LEE Jeong-mun donne naissance à Cheel-in
Kangau, (L’homme de métal). Nous sommes ici
dans une SF colorée et à destination des enfants : robot géant à la
main en forme de massue et aux alvéoles sur la poitrine,
Cheol-in Kang ta ou devient l’œuvre de SF la plus
populaire dans les années 70.
La science fiction a été à l’origine de parcours marquants dans le
paysage de la bande dessinée coréenne. C’est en effet dans cette
production que l’on retrouve KIM Shan-ho, qui a connu une
carrière pour le moins originale. Après avoir suivi des cours de
peinture occidentale à l’école des beaux arts, le dessinateur se
lance dans la création de divers genres qui vont enrichir le paysage
de la bande dessinée coréenne durant les années 60 : aventures,
western, policiers, récits de guerre, mais aussi science
fiction (Ra-i Fa-i). Son talent lui permet à la fin
des années 60 d’immigrer aux USA pour y diriger une maison d’édition
durant plus de 30 ans. A son retour en Corée en 1996, il publie des
œuvres nées de l’union de la peinture occidentale et de la BD.
Aujourd’hui, la science fiction se retrouve est représenter par un
auteur comme JANG Woo-Hyock, qui propose une réflexion plus
cérébrale : à travers l’évocation de la pollution, du spectre de la
fin du monde, son univers se penche sur les problèmes de notre
temps. Survivants traite ainsi du réchauffement de la
planète et des systèmes mis en place par les humains pour survivre.
Il s’agit d’une science fiction à message qui étudie la destinée de
l’homme dans l’univers. Depuis la fin des années 1980, les Mangas
sont autorisés sur le marché coréen et remportent un grand succès.
Face à un déclin qualitatif des Manhwas, le Manga s'est peu à peu
imposé. Mais, très vite le marché et les auteurs ont réagi. Des
revues comme IQ Jump ou Young Champ ont été créées sur
le modèle des revues japonaises et les auteurs ont laissé libre
cours à leurs désirs créatifs. Ainsi Yang Young-soon a traité
des fantasmes sexuels masculins dans Nudl Nude (1995)
qui sera adapté en film d'animation. La violence quotidienne est
abordée par Lee Yoo-jeong. À partir de la crise des années
97-98, les auteurs de Manhwas ont encore renforcé leur emprise sur
le marché et la part des Mangas est en diminution.
La BD féminine (« Soun-ziang
Manhwa ») constitue elle aussi une catégorie importante de la BD
coréenne. 1988 voit la naissance de la revue de BD féminine
Renaissance, qui permet à ses auteurs de se faire connaître. Les
œuvres à succès de l’époque relatent des romances tirées de la vie
quotidienne ou de l'époque des grands bouleversements historiques.
Auteur phare de ce courant, HWANG Mi-na crée en 1985
l'association Nine (regroupant neuf dessinatrices), en faveur d’un
changement dans le monde de la BD, et lance la revue Neuvième
Mythe. Ses longues romances relatent des amours contrariées dans
les tourbillons de l’histoire. Autre nom représentatif, SHIN
Eel-suk jette les bases de la BD féministe (1999 ;
Mon Eve). Son œuvre principale, Les 4 filles d’Armian,
publiée pendant 10 ans, met en scène une cavalière toute puissante,
ce qui plaît beaucoup aux lectrices. En France on peut lire d’elle
Linéage (Saphira). Les femmes se sont davantage
intéressées à la représentation du quotidien, aux sentiments et à la
conscience humaine. Cette recherche dans tous les genres de styles
personnels et innovateurs a favorisés l'éclosion de nombreuses
maisons d'éditions, revues et collectifs indépendants relayés par
les Manhwabangs
Durant les années 90, la réalité des sentiments humains, mêlée à une
certaine forme de mysticisme, va peu à peu prendre le pas sur le
mélo historique des années 80. Un auteur comme KIM Jin va
s’attacher à l’introspection de ses personnages, mettant en scène
les souffrances qu’un être humain peut ressentir dans ses rapports
avec les autres. Ainsi, son long feuilleton Barameui nara
(Le pays du vent) prend place dans l’un des anciens
royaumes de Corée, pour décrire les rapports conflictuels existant
entre un père et son fils. A travers un graphisme très Manga,
KANG Gyeong-ok va s’attacher à exprimer les sentiments humains
de manière subtile, dans des cadres aussi divers que la vie
quotidienne (la vie scolaire) ou la science fiction. Ainsi, l’une de
ses œuvres, Byeol-bit so-ge (Lumière des étoiles)
met en scène une lycéenne qui découvre un jour qu’elle est une
princesse d’une autre planète.
KIM Hye-rin quant à elle étudie les liens entre l’Homme et l’Histoire.
Buleu geom (L’épée de feu),
publié dans les années 90, décrit les rapports entretenus par les
hommes avec leurs dieux, et pose un nouveau regard sur la féminité.
Depuis la fin des années 90, la vie quotidienne fait son apparition
dans la bande dessinée coréenne. Publiées quotidiennement dans des
journaux, les cases proposant aux Coréens un miroir de leur propre
vie, mais souvent, remportent beaucoup de succès. Considérée comme
le chef de file des auteurs amateurs des années 90, LEE Kang-joo
a donné le ton avec une BD étrange et inédite. Présentant souvent un
aspect allégorique, ses dessins proposent une relecture de la
grammaire classique de la bande dessinée. Son œuvre Kaeng-geo-rou-leul
ui-ha-yeo (Pour le kangourou) prend ainsi la
liberté de mettre en scène un kangourou habillé en costume dans la
vie quotidienne, comme un citoyen lambda.
Plus réaliste, HONG Seun-woo raconte le quotidien de la vie
d’un jeune couple qui vient d’avoir un bébé (Bibimtoon).
Dans l’esprit des Simpsons, ses personnages sont ainsi
aux prises avec des situations quotidiennes parfois contraignantes,
toujours drôles. Le dessinateur a créé avec ses amis le collectif
Nemorami, pour apporter un peu de fraîcheur à
la BD
coréenne. Issu de ce même collectif, LEE Woo-il possède un
style très personnel. Ses dessins au style faussement naïf expriment
sa vision de la réalité et ce qu’elle possède d’absurde, de
révoltant et d’incroyable. Un charme certain se dégage de ses cases
claires et colorées et de son graphisme très simple qui va à
l’essentiel : un TRONDHEIM coréen ? Dans un tout autre
style, CHOI Ho-cheol et ses dessins qui s’apparentent à de la
peinture mettent en scène des foules dans un paysage urbain figé.
Fourmillant de détails, certaines de ses planches font penser à du
BOUCQ. Enfin, HONG Yun-pyo a créé le personnage
emblématique de M. HONG, l’employé qui n’a jamais peur
de rien . Les aventures de M. HONG parlent du
quotidien au bureau, des relations entre employés / supérieurs, des
petites lâchetés et des petites humiliations de manière très drôle
et pertinente : le nouveau héros des temps modernes?
Manhwabangs
Les Manhwabangs sont
des bibliothèques et salles de lecture privées en Corée du Sud.
Elles permettent de louer et de lire sur place des Manhwas à un prix
réduit (la lecture d'un album coûte environ 20 cents).
Les Manhwabangs sont
apparues à la fin des années 1950. La Corée dispose aujourd'hui de
plus de 10 000 de ces espaces répartis dans tout le pays. On y
trouve principalement de petits éditeurs indépendants qui proposent
des revues d'une centaine de pages produites à des intervalles plus
ou moins réguliers et qui ne sont disponibles que dans les
Manhwabangs. Certains réseaux de Manhwabangs distribuent des séries
en exclusivité.
En 2002, les locations de
Manhwas dans les Manhwabangs représentaient un marché de 514
millions de wons soit 428 millions d'euros. Par comparaison, les
ventes de Manhwas ne représentaient que 72,36 millions de wons.
(Sources KOCCA, 2003)
Depuis septembre 2002, les Manhwabangs sont non-fumeurs.
Ce marché de prêt est une
particularité asiatique qui a connu son heure de gloire au Japon (il
y demeure encore de manière plus discrète) mais dont le succès ne
s’est jamais démenti en Corée, s’articulant autour des fameux
Manhwabangs. A l’exemple des Akahon (librairies de prêt japonaises),
il existe donc des salles de lecture de BD en Corée. Apparues en
1959, elles permettent la location à l’heure d’albums à lire sur
place. Ces salles sont ouvertes 24h/24 et proposent boissons et
grignotages divers aux bédévores coréens. Si au Japon, la conquête
de la presse par le média BD a sonné le glas des Akahon ; en Corée,
les Manhwabangs font encore partie intégrante du paysage culturel et
se comptent par milliers.
Conclusion
Pour l’édition, 3 grandes
majors se partagent le gros de la production : Daïwon CI (www.daiwon.co.kr),
la Séoul Cultural Agency (www.jumps.co.kr)
et Haksan Publishing (www.haksanpub.co.kr).
De nombreux petits éditeurs se partagent néanmoins une bonne part du
marché, mais les best-sellers demeurent chez les 3 géants de
l’éditorial. On notera qu’il existe 3 festivals incontournables en
Corée consacrés au Manwha. Le « Séoul International Comics and
animation Festival » (festival international de la BD de Séoul /
www.sicaf.or.kr), le « Dong-a/LG International festival of
comics and animation » (festival international de la BD et de
l’animation de Dong-a et LG /
http://difeca.donga.com), et le « Buchon International Comicbook
Fair » (le salon international de la BD de Bucheon /
http://www.cartooncity.co.kr). Enfin, l’observation du parcours
du livre en Corée est également riche d’enseignements périphériques.
Ainsi, s’il fallait encore s’en convaincre, la Corée prouve que
l’essor des technologies modernes ne s’accompagne pas nécessairement
d’une baisse d’intérêt pour la lecture. En effet, Internet et la
téléphonie mobile ont, dans ce pays, une place unique (bien plus
grande que chez nous), ainsi, de même que les jeux vidéo. Rappelons
que la Corée est le pays de la planète qui possède le plus fort taux
de pénétration de l’Internet dans les foyers, avec 10 millions
d’habitants connectés en haut débit). La Corée n’en reste pas moins
un des pays qui lit le plus au monde.
Encore peu connue en
France, la bande dessinée coréenne a tout le potentiel pour devenir
partie prenante de la bande dessinée mondiale.
Le Manhwa est aujourd’hui
considéré comme économiquement porteur et culturellement légitime
dans son propre pays. Depuis 5 ans, une journée de la bande dessinée
a même été décrétée. Le Manhwa existe depuis le début du 20ème
siècle, mais la création s’est véritablement développée à partir des
années 80, avec une force prodigieuse. Le Manhwa s’enseigne en
Corée, puisque l’on trouve aujourd’hui 11 universités possédant un
département BD, 70 en tout si l’on englobe l’animation et le
multimédia, domaines associés.
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Manhwas publiés en France
(par éditeur et titre
français)

Kana :
Angel Dick
(fut en 1997 le premier
Manhwa édité en France)
Armagedon
(épuisé)
Collection
"Made in" :
Cours,
Bong-gu !
Nouilles
Tchajang
Cosmos
Mijeong
Tokebi
Séries en
cours
Archlord
Chonchu
Demon King
Dragon Hunter
Fairies' Landing
G-School
Les Ailes du Phénix
Metal Heart
P.K
Priest
Ragnarök Into the Abyss
Rebirth
Sabre & Dragon
Sirius
Wild School
Yongbi
Yureka
Zero
Séries
terminées
+
Again
A.I Hunter
Adrenalin
Amiral Yi Sun Shin
Banya
Café Occult
Dark Striker
Eternity
High School
Hunter
Knight Gunner
Last Fantasy
Le Chant des Morts
Le Sabre du Démon
Metal Brain 109
Omega
Pandemonium
Phantom
Recast
Zero Taker
Saphira
Séries en
cours
Arcana
Bibi
Chiro
Full House
I.N.V.U.
Kiss me Princess
La fille du Président
Little Queen
Platina
Rure
The Queen's Knight
Trois Soeurs Jumelles
Venue des Cieux
Séries
terminées
Angel
Shop
Audition
Bom Bom
CashGirl
Daddy Long Legs
Demon's Diary
I Wish...
Kill me Kiss me
Les Bijoux
Lineage
Marine Blue
Model
Peppermint
Saseum, I'm a deer
Sweety Gem
Vitamin

Panini
Island
(épuisé)
Zero,
the circle of flow
(octobre 2007)
Sin
(novembre 2007)
Flower
of evil
(decembre 2007)
Asuka
Crazy Love Story
(épuisé)
Mémoires du masque
(épuisé)
One
(épuisé)
Redrum 327(épuisé)
Paquet
Angry
Le
Bandit Généreux
Graffiti
Hammer Boy
Maffia
School
Another
World War II
La Bicyclette Rouge
Hotel Africa
Coy
Fever
Taeguk
Kami
G Plus
Ka-Kong
Mille et une nuits
Nambul
Slasher
XS
Survivants
Princesse
Anna (novembre
2007)
Soleil
Aspirin
Che
Les
chroniques de l’épée maudite
Croquis pop
Dangoo
Defiance
Déjà vu
Fantamir
Freak
Heanvely executioner
chiwoo
Heroes
L’histoire
d’un guerrier
La
lune et le soleil
Megacity 909
Mu
Palais
Pi
Real
lies
Salita
Say love
Warrior
Hanguk
Le Marécage
L’Amour est une protéine
Comme la lune surgissant
des
nuages
L'Appartement
Chagrin
dans le ciel
Vedette
Lotto
blues
Fantome
Feux
Catsby
L’idiot
(à paraître le
2/10/07)
Z
le chat
(à paraître le
2/10/07)
Naplouse
(à paraître le
2/11/07)
Ecritures
Corée
Fleur
Histoire couleur terre
Kymera
Cynical orange
Dokebi bride
Wetta
Blanche,
the baby killer
Akileos
Emperor’s castle
0-6/zero-six
6
pieds sous terre
Femmes de
réconfort (à paraître
le 18/10/07)

Citons également
Couleur de peau miel de Jung, qui est belge,
d’origine coréenne, aux éditions Quadrants (Soleil), et les
bds d’auteurs francophones ou d’origines coréenne, qui traitent de
la Corée (Pyong yang, Excursion coréenne …).
Source :
Annuaires de l'édition 2002, Centre des éditions culturelles de Corée,
Wikipédia, Séoul cartoon muséum, Salon bd Angoulême
Remerciements : René Park des
éditions Tokebi/ Saphira, Mélanie Palazzolo des éditions Syros, L’office de tourisme de la
Corée, Jean Christophe Lopez des
éditions 6 pieds
sous terre, Jung Kyung-a, auteur de
Femmes de réconfort, Magalie Morel, Karim Sabbagh
Librairie Apo (k) lyps
120 rue Legendre 75017
Paris
Tél/fax : 01 42 28 01 50,
ouvert du mardi au vendredi de 12h à 20h, le samedi de 12h à 19h
www.apoklyps.fr